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Littérature et autorité (Doctorales de l'ED 3 Sorbonne Université)

Littérature et autorité (Doctorales de l'ED 3 Sorbonne Université)

Publié le par Léo Mesguich (Source : Doctorales de l'ED 3 de Sorbonne Université)

Littérature et Autorité
Sorbonne Université – Doctorales de l’ED 3 – 25 mai 2024 – amphithéâtre Michelet

Appel à communications pour la journée d’étude « Littérature et Autorité » organisée par les doctorant.es de l’école doctorale III de Sorbonne Université et destinée aux doctorant.es et jeunes docteur.es. 

Date limite d’envoi des propositions de communications : 15 avril 2024

Longueur des propositions de communication : 300 mots maximum, accompagnés d’une courte biobibliographie
Profil des intervenants : doctorant.es ou jeunes docteur.es 
Réponse : 22 avril 2024 

Date de la journée d’étude : 25 mai 2024 

Durée des communications : 20 minutes 

Adresse d’envoi : doctoralesed3@gmail.com 

La journée d’étude aura lieu exclusivement en présentiel et en français.
Les frais de déplacement et de séjour ne seront pas pris en charge. 

 

À l’heure où la littérature contemporaine s’interroge sur ses pouvoirs et ses capacités de contestation[1], et où la question de la responsabilité de l’écrivain revient fréquemment dans le débat public[2], il semble intéressant de se repencher sur les liens complexes entre littérature et autorité. Le concept d’autorité, renvoyant aussi bien au pouvoir, légitime ou non, sur autrui (authority) qu’à l’auctorialité (authorship, ou autorité de l’auteur), permet en effet d’aborder toute une gamme de thématiques et de questions théoriques cruciales. Parler d’autorité en littérature, c’est en effet manifester la double acception du terme, qui se décline autant dans le champ politique que dans le domaine du savoir : il s’agit donc d’évoquer à la fois la manière dont les textes représentent et questionnent le politique (les figures d’autorité, le rapport aux autorités), les relations d’autorité au sein du champ littéraire et les liens de l’institution littéraire avec les autorités temporelles. Il s’agira de définir différents rapports à l’auctoritas, qu’elle prenne forme dans le texte ou qu’elle se situe en dehors de lui. Dans le sillage des travaux d’Emmanuel Bouju ou de Jérôme Meizoz et des ouvrages de Susan R. Suleiman ou de Jacques Rancière, nous souhaitons ainsi réaffirmer l’importance de cette question pour la recherche littéraire.


Figuration de l’autorité

Tous les genres littéraires se prêtent à la représentation des figures et des liens d’autorité, que l’on pense aux romans arthuriens, aux Tragiques d’Agrippa d’Aubigné, à nombre de fables de La Fontaine, aux roman-mémoires et aux récits d’apprentissages comme La Religieuse de Diderot ou Le Rouge et le Noir de Stendhal, pour ne citer que les plus évidents. Certains genres semblent toutefois se prêter par prédilection à la thématisation de l’autorité : le genre théâtral, par exemple, apparaît comme un des lieux privilégiés pour la mise en scène de rapports d’autorité, en permettant la spectacularisation des antagonismes entre gouvernants et sujets, maîtres et serviteurs, hommes et femmes, riches et pauvres, geôliers et captifs, etc. Prenons à titre d’exemple la relation topique entre maître et domestique représentée dans toute l’histoire du théâtre, des Fourberies de Scapin à Pièce en plastique de Marius von Mayenburg, en passant par Le Jeu de l’amour et du hasard, Le Mariage de Figaro, Ruy Blas, ou encore Les Bonnes. Au-delà de la question générique, il s’agira de faire la distinction entre figures d’autorité coercitives qui se manifestent par la violence et figures d’autorité positives, représentées comme légitimes. On pourra ainsi s’intéresser aux personnages de mentors, d’enseignants, de sages ; mais aussi à l’autorité symbolique des guerriers ou des artistes. 

 

La littérature face à l’autorité 

D’autres communications pourraient se pencher sur la façon dont les écrivain.es se positionnent face à l’autorité au cours des siècles, que celle-ci soit politique, religieuse, sociale, juridique, médicale, patriarcale... On pourra se demander si des périodes historiques, des contextes socio-politiques particuliers ou encore des genres spécifiques, briment ou favorisent la prise de parole des écrivain.es contre l’autorité, et rappeler les conséquences du poids de cette autorité sur l’élaboration des œuvres.

Ce serait l’occasion d’aborder la question des querelles qui rythment l’histoire littéraire, étant donné qu’un grand nombre est à comprendre dans le cadre de combats menés par les gens de lettres contre les autorités de toutes sortes – par exemple, la querelle du Roman de la Rose, opposant Christine de Pisan aux thèses misogynes et aux autorités littéraires masculines de son temps, ou encore la querelle du Tartuffe. Aborder ces batailles de la littérature serait l’occasion d’évoquer leurs victoires et leurs échecs, leurs conséquences dans la vie des écrivain.es (emprisonnement, exil, ou au contraire reconnaissance publique et panthéonisation) et dans l’espace public (progrès sociaux, évolution des normes et des mentalités, embrasement collectif).

Plus largement, il s’agirait d’étudier les modalités par lesquelles les auteurs ont lutté contre l’autorité, que ce soit par des démarches auctoriales (figure de l’intellectuel à la Zola, théorisation explicite de l’engagement littéraire), poétiques (travail des écritures subversives), ou narratives. On pourra s’interroger à ce sujet sur le statut des autorités contre lesquelles ils se positionnent : l'autorité des pères ou du Roi chez Molière reflète une remise en question de l’autoritarisme qui n'est pas du même ordre que les luttes contre l’autorité de l'État. 

 

L'auctorialité

D’autres communications pourraient envisager la dimension métalittéraire de l’idée d’autorité, et donc se consacrer à la question de l’autorité de l’auteur en tant qu’instance garantissant l’authenticité et le sens d’une œuvre. Paul Zumthor rappelle ainsi que dès la fin de l’Antiquité un certain nombre d’écrivains furent « considérés, pour des raisons assez confuses (leur antiquité, leur prestige auprès des lettrés), comme dignes de servir de modèles et de guides pour tout ce qui concerne l’usage de la parole et l’acquisition de la connaissance ». Réunis dans un canon, ces « auctores (proprement : les garants), possédant auctoritas » déterminaient « les normes et les doctrines transmises par l’enseignement[3] ». Maîtres, instituteurs des hommes, les écrivains possédaient ainsi une autorité liée au régime du savoir dans lequel la littérature était inscrite. 

Des études pourraient se consacrer à l’évolution de l’autorité des écrivains au cours de l’histoire, s’interroger sur leur statut à l’âge classique ou pendant la période romantique ; d’autres pourraient aussi revenir sur les ambiguïtés de la prétendue « mort de l’auteur » proclamée par la Nouvelle Critique[4] : comme le notait en effet Seán Burke, « le concept d’auteur n’est jamais aussi vivant que quand il est déclaré mort[5] ». La littérature contemporaine, de son côté, témoigne d’un retour corporel et institutionnel de l’auteur[6], qui se trouve plus souvent associé au processus herméneutique et patrimonial portant sur son œuvre. Qu’en est-il donc de l’autorité de l’écrivain alors que l’ère de la « littérature-texte[7] » se referme et que le séparatisme historique entre la littérature et les autres arts[8] s’estompe ?

 

La littérature comme autorité

On pourrait aussi considérer le fait que la littérature peut à son tour se constituer comme autorité. L’idée même de littérature aurait ainsi partie liée avec l’idée d’une autorité propre : c’est en tout cas ce que suggère Michel Jeanneret au début d’Éros rebelle en soutenant que « si la notion même de littérature prend corps au XVIIe et au XVIIIe siècles, c’est que les intellectuels se mettent à exercer, de façon plus ou moins visible, un contre-pouvoir, que l’autorité s’efforce de récupérer […], reconnaissant, du même coup, son efficacité[9] ». 

Certaines communications pourraient ainsi réfléchir à la manière dont l’institution littéraire peut s’apparenter à une autorité, que ce soit dans la vie sociale (via la canonisation, les académies, les groupes littéraires hégémoniques) ou dans les textes, avec tous les procédés littéraires qui jouent sur l’autorité accordée aux grands textes, à travers la parodie, le burlesque, ou l’héroï-comique. Plus largement, la multitude des démarches littéraires qui se définissent, depuis le Romantisme, contre la littérature instituée, ainsi que l’a montré Michel Foucault en rappelant qu’à partir du XIXe siècle la nouvelle tâche à laquelle s’assignent les auteurs est « l’assassinat de la littérature[10] », témoigne du fait que le canon littéraire constitue une autorité et suscite ainsi des contre-pouvoirs.

Enfin, on pourrait réfléchir à l’autorité de la littérature à l’échelle textuelle : comment le lecteur est-il soumis à l’autorité de l’auteur, par quels moyens stylistiques, énonciatifs, rhétoriques et narratifs ? Ainsi, le recours à des procédés argumentatifs tels que l’usage de maximes ou d’exempla, mais aussi toutes les ruses de la narration pour contraindre le lecteur à poursuivre sa lecture pourraient constituer des pistes intéressantes, de même que les écrits didactiques, de la fable au roman à thèse.

Toute autorité suscitant sa contradiction, certaines communications pourraient prolonger les questionnements théoriques sur les protocoles de lecture qui déjouent l’autorité « encombrante[11] » de l’auteur : que l’on pense aux lectures contrauctoriales[12], au plagiat par anticipation[13], ou encore à la théorie des textes possibles[14].

 

Bibliographie indicative 

AMOSSY Ruth, Images de soi dans le discours. La construction de l’ethos, Genève, Delachaux et Niestlé, 1999.

ARENDT Hannah, « Qu’est-ce que l’autorité ? » dans La Crise de la culture [1954], Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », 1989.

BOCHENSKI Innocentius-Marie, Qu’est-ce que l’autorité ? Introduction à la logique de l’autorité, Paris, Cerf, 1979. 

BOUJU Emmanuel (dir.), L’Autorité en littérature, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010.

COMPAGNON Antoine, De l’autorité. Colloque annuel du Collège de France, Paris, Odile Jacob, 2008. 

FOUCAULT Michel, Le Gouvernement de soi et des autres. Cours au collège de France. 1982-1984, Paris, Seuil, 2008.

HADOT Ilsetraut, Sénèque. Direction spirituelle et pratique de la philosophie, Paris, Vrin, 2014. 

LOUETTE, Jean-François, Georges Bataille. Romans et récits, Paris, Gallimard, Pléiade, 2004, p. 80-86.

MEIZOZ Jérôme, Postures littéraires. Mises en scène modernes de l’auteur, Genève, Slatkine, 2007.

RANCIÈRE Jacques, Le Maître ignorant, Paris, Fayard, 1987. 

SCHAPIRA Charlotte, La Maxime et le discours d’autorité, Paris, Sedes, 1997.

SULEIMAN R. Susan, Le Roman à thèse ou l’autorité fictive, Paris, PUF, coll. « écriture », 1985. 

 

 

 


[1] Voir par exemple Alexandre Gefen, La Littérature est une affaire politique, Paris, Éditions de l’observatoire, 2022 ; P. Alferi, L. Kaplan, N. Quintane, T. Viel, A. Volodine et L. Yousfi, Contre la littérature politique, Paris, La Fabrique, 2023 ; Justine Huppe, La Littérature embarquée, Paris, Éditions Amsterdam, 2023.

[2] Voir Gisèle Sapiro, Peut-on dissocier l’œuvre de l’auteur ?, Paris, Les Éditions du Seuil, 2020 ; Hélène Merlin-Kajman, La Littérature à l’heure de #MeToo, Paris, Ithaque, « Theoria incognita », 2020.

[3] Paul Zumthor, Essai de poétique médiévale, [1972], Paris, Seuil, 2000, p. 62.

[4] Voir notamment José-Luis Diaz, L’Homme et l’œuvre, Paris, PUF, coll. « Les littéraires », 2011.

[5] Seán Burke, The death and the return of the Author. Criticism and Subjectivity in Barthes, Foucault and Derrida, Édimbourg, Edinburgh University Press, 1992, p. 7, cité par Luís Manuel A. V. Bernardo, « La fonction auteur entre épistémologie et éthique. Sur les traces de Michel Foucault », Etudes françaises, vol. 56, no 3, 2020, p. 120.

[6] Voir Alexandre Gefen, L’Idée de littérature. De l’art pour l’art aux écritures d’intervention, Paris, Corti, coll. « Les Essais », 2021 et notamment « Du grand homme à l’amateur », p. 231-269.

[7] Alain Vaillant, L’Histoire littéraire, Paris, Dunod, 2016 [2010], p. 265-268.

[8] Pascal Mougin, Moderne/contemporain, op. cit., p. 37-38.

[9] Michel Jeanneret, Eros rebelle. Littérature et dissidence à l’âge classique, Paris, Seuil, 2003, p. 15.

[10]  Michel Foucault, La Grande étrangère. A propos de la littérature, Paris, Editions de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 2013, p. 83.

[11] Voir Jean Bellemin-Noël, L’Auteur encombrant. Stendhal. Armance, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Objet », 1985.

[12] Sophie Rabau (dir.), Lire contre l’auteur, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, coll. « Essais et savoirs », 2012.

[13]  Pierre Bayard, Le Plagiat par anticipation, Paris, Minuit, coll. « Paradoxe », 2007.

[14] Marc Escola (dir.), Théorie des textes possibles, volume Crin n° 57, Amsterdam, Rodopi, 2012.

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    Sorbonne Université (amphithéâtre Michelet)