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Espaces, discours et imaginaires de la marge : constructions poétiques et analytiques de la marginalité (Toulouse)

Espaces, discours et imaginaires de la marge : constructions poétiques et analytiques de la marginalité (Toulouse)

Publié le par Marc Escola (Source : Amalia Angeli)

Appel à communications

Espaces, discours et imaginaires de la marge : constructions poétiques et analytiques de la marginalité

Colloque Jeunes Chercheurs à l’Université Toulouse Jean Jaurès 

les 14 et 15 novembre 2024. 

La notion de marge est devenue fondamentale dans la façon dont on a de considérer, aujourd’hui, l’espace littéraire mondial comme archipels – de livres, de formes, de langues. Cet espace littéraire serait traversé, hiérarchisé par des rapports de domination culturels, linguistiques, sociaux, qui établissent des échelles de valeur et consacrent des normes de discours, de formes. En somme, après avoir lu Deleuze et Guattari, Pascale Casanova, on peut aisément assigner à des productions littéraires différentes échelles de « centralité », de « minorité, » de « marginalité ». On situera donc tel auteur au centre du champ littéraire, telle autrice à la marge. Ce sont des concepts opérants, et cette façon de structurer le champ littéraire, devenu mondialisé comme le monde lui-même, rejoue les fractures du monde, sociales, géographiques, politiques, linguistiques, et les rapports de domination qui les sous-tendent. Pour décrire les géographies sociales, politiques, les usages des langues, les comportements humains, les termes de normes et de marges sont également opérants. Espaces symboliques ou topologiques de l’écart, la marge et la marginalité apparaissent comme les limites, subies ou choisies, mobiles et précaires, d’un centre qui se veut – et qui est voulu – majoritaire.

Ce colloque a pour ambition de considérer marges et marginalités à la fois comme vécus humains dont les productions littéraires et artistiques témoignent, et comme constructions, poétiques et analytiques. Il nait de considérations faites depuis nos champs littéraires, que nous avons envie de confronter à d’autres champs de la recherche (arts, sciences humaines), pour confronter différents regards et traitements du concept de marge. 

1.      La littérature et l’art comme témoins, dispositifs privilégiés d’observations des marginalités, dans et hors le texte

La littérature en est un dispositif privilégié d’observations : marginalités linguistiques, thématiques, formelles, géographiques, historiques, sociales ou encore politiques sont représentées par et dans de nombreux textes. La pluralité des représentations des marges et de la marginalité en littérature illustre la largeur des questionnements qui s’y rattachent. Écrit et marge sont d’ailleurs intrinsèquement liés, puisqu’initialement issu du vocabulaire de l’imprimerie, le terme marge (du latin « margo ») désigne la bordure, l’espace blanc, vide, libre qui entoure un texte. Texte et marge se définissent donc par leur relation, puisque la marge, d’espace vide à espace de jeu, de création, de commentaire du texte, est devenue l’espace fécond, l’espace de création, de transformation, qui interroge le centre. S’intéresser à la marginalité, du point de vue de la littérature, c’est donc s’intéresser aux situations des producteur∙ices de discours (langues, espaces, provenances, genres, sexualités), qui se situent à l’écart des normes/centres dans différents champs (politique, économique, littéraire), et/ou aux discours, aux images mêmes : autrement dit, les représentations de la marginalité dans les textes, les représentations de l’écart, de la différence, du non-conforme. 

Bien souvent, ces représentations montrent des espaces transitionnels, féconds, riches d’enjeux identitaires et politiques, et intéressent la critique. Les études francophones, post-coloniales, ont montré toutes les stratégies employées par les auteurs et autrices issues des marges politiques, sociales, géographiques, linguistiques, pour créer, se faire une place, travailler, remodeler les normes en les contestant, les réorientant. La volonté d’accorder une place dans la recherche à ces voix marginales est notable aujourd’hui. La représentation des marges, au cœur des questions identitaires, se donne aussi comme miroir pour les centres, et comme façon de questionner nos normes. 

Intéresse donc cette manifestation scientifique des travaux de recherche consacrés aux représentations de personnages, d’espaces, dans la littérature et dans les arts, qui viennent mouvementer les marges, transgresser les normes sociales et ce faisant, les formes littéraires et artistiques, du XIXe au XXIe, qui sont les bornes de recherches des organisateur et organisatrices de ce colloque. Des approches  transdisciplinaires et transmédiales nous sont chères. Le colloque s’ouvre donc à quelques interventions du domaine des arts (théâtre, cinéma, musique, histoire des arts…), pour égayer une majorité d’interventions littéraires, et nourrir la réflexion sur la transgression des formes. Nous souhaiterions que l’approche des textes et des arts se nourrissent de réflexions appliquées à des terrains de chercheurs et chercheuses de sciences humaines, susceptibles de rencontrer les études des représentations. Des propositions de sociologues, géographes, linguistes anthropologues, pourraient ainsi entrer en dialogue avec les thématiques du colloque (marginalités raciales, sociales, sexuelles, ruralités, langues minoritaires, handicaps..). 

2.      Interroger l’usage de la notion de « marge » dans les discours scientifiques

Le colloque a aussi vocation à interroger la catégorie même de marge comme concept prégnant du discours scientifique aujourd’hui. Sa capacité opératoire nous invite aussi à questionner son usage et la façon dont on « construit » les marges, lorsque le discours scientifique mobilise le concept. 

Les normes, les centres, construisent des imaginaires des marges et leur assignent des valeurs diverses, parce que les marges sont ces lisières monstrueuses et/ou fécondes. Ces considérations soulèvent diverses questions, formelles, esthétiques, méthodologiques, outre que politique. Représenter comme étudier les marges, c’est observer une différence, une alternative. De quel point de vue se placer ? Cet enjeu du positionnement vis-à-vis de la marginalité revient fréquemment, soit dans le cas d’un∙e auteur∙ice ou d’un∙e chercheur∙euse qui travaille les marginalités du point de vue d’un centre, soit dans le cas inverse, où l’écrivain∙e minoritaire se pose comme observateur de la majorité, ou bien de son propre environnement, auquel cas ce que l’on perçoit comme marge peut en fait être un centre – affectif, intime, collectif… 

Quels effets sur les formes périphériques, hybrides, sur les espaces marginaux, lorsque le discours scientifique les prend comme objet ? Que se passe-t-il lorsqu’un∙e auteur∙ice issu∙e d’une norme, d’un centre, écrit la marge ? Que se passe-t-il lorsque les marginaux écrivent les marges (que se passe-t-il) ? Quels savoirs (intellectualisés ou émotionnels, incarnés) de la condition marginale s’en dégagent ? Lorsque des chercheur∙euses issu∙es de l’un analysent l’autre ? Y a-t-il des rapports de domination reconduits dans certaines observations ; là où les marges ambitionnent parfois de se définir aussi de façon autonome, en s’éloignant des assignations et des règles normées ? Comment mieux parler des marges sans les figer, et dans quelle mesure le discours de la recherche peut-il mouvementer les marges ? 

Regards de loin, ou en immersion, écrire la marge et la marginalité revient à penser une articulation entre deux interfaces, deux zones poreuses. Pour les acteurs et actrices de l’art et de la littérature que pour les chercheurs et chercheuses, écrire sur la marge et la marginalité revêt certains enjeux similaires. Qu’il s’agisse d’une position scripturale ou analytique, les marges et la marginalité peuvent être considérées comme des espaces de construction, des situations méthodologiques, des outils analytiques. Des interventions qui placent en leur centre des interrogations sur les pratiques mêmes de recherche sont vivement encouragées. L’équipe du colloque prévoit notamment d’articuler les interventions scientifiques à des rencontres avec des acteurs et actrices du monde du livre, dans ses circuits plus écartés : auteurs, autrices, éditrices des lisières.  

Des communications sous forme de tables rondes et d’entretiens sont les bienvenues (propositions d'autres formats également).

Le colloque aura lieu le jeudi 14 et le vendredi 15 novembre 2024 à Toulouse, à cheval sur l’Université du Mirail (Jean-Jaurès) et la librairie Ombres Blanches pour l'après-midi du 15. La participation est gratuite, et les trajets, nuits, déjeuners et dîners sont pris en charge par les laboratoires. 

Comité d’organisation et de sélection :

Amalia Angeli, Romane Dugast, Julie Lamote, Raphaël Rabu, Magali Tritto Moris, doctorant et doctorantes à l’Université Toulouse Jean-Jaurès. 

Date limite d’envoi des propositions : 31 mars 2024. 

Date des réponses : 1er juillet 2024.

Envoyer à : colloque.marges@gmail.com

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Bibliographie indicative :

ALEXANDRE-GARNER Corinne, Frontières, marges et confins, Nanterre, France, Presses universitaires de Paris 10, 2008.

BARTHES Roland, Comment vivre ensemble : simulations romanesques de quelques espaces quotidiens : notes de cours et de séminaires au Collège de France,1976-1977, Les cours et les séminaires au Collège de France de Roland Barthes, Paris, Seuil, 2002.

BAUDOUIN, Anne-Catherine, Sacré canon : autorité et marginalité en littérature, Paris, Éditions Rue d’Ulm, 2022.

BECKER, Howard Saul, Outsiders : études de sociologie de la déviance, Paris, France, Éditions A.-M. Métailié, 1998.

BOULOUMIÉ, Arlette, Figures du marginal dans la littérature française et francophone, Angers, Presses de l’Université d’Angers, 2003.

CASANOVA, Pascale, La République mondiale des lettres, Seuil, Paris.

CHEHAYED, Nibras et VAULX D’ARCY, Guillaume de, « Étude 10. De l’abject au sacré », in La destructivité en œuvres  : Essai sur l’art syrien contemporain, Beyrouth, Presses de l’Ifpo, 2022, (« Études arabes, médiévales et modernes »), p. 161‑173, [En ligne : http://books.openedition.org/ifpo/16220].

DELEUZE, Gilles et GUATTARI, Félix, Kafka. Pour une littérature mineure, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Critique », 1996.

FEUILLEBOIS-PIERUNEK, Ève et BEN LAGHA, Zaïneb, Étrangeté de l’autre, singularité du moi : les figures du marginal dans les littératures, Paris, France, Classiques Garnier, 2015.

FOUCAULT, Michel, Les anormaux : cours au Collège de France (1974-1975), Paris, EHESS, 1999.

GLISSANT, Édouard, Introduction à une Poétique du Divers, 1996, Gallimard, Paris, 

___. (1997). Traité du Tout-Monde. Poétique IV, Gallimard, Paris.

___. (2009). Philosophie de la Relation. Poésie en étendue, Gallimard, Paris.

GOFFMAN Erving, Stigmate : les usages sociaux des handicaps, Paris, France, les Éditions de Minuit, 1975.

KRISTEVA Julia, Pouvoirs de l’horreur : essai sur l’abjection, Paris, Seuil, 1980.

MAYER Hans, Les Marginaux, femmes, Juifs et homosexuels dans la littérature européenne, Paris, Albin Michel, 1994.

PLUMAUZILLE Clyde et ROSSIGNEUX-MÉHEUST Mathilde, « Le stigmate ou “La différence comme catégorie utile d’analyse historique” », Hypothèses, vol. 17 / 1, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2014, p. 215‑228, [En ligne : https://www.cairn.info/revue-hypotheses-2014-1-page-215.htm].

ROSMARIN Léonard A. et BAUDOT Alain, Exilés, marginaux et parias dans les littératures francophones : actes du colloque international de l’Université Brok, St. Catharines (Ontario, Canada), 23-24 octobre 1992, Toronto, Ed. du GREF, 1994.

ROSTAING Corinne, « Stigmate », Sociologie, PUF, février 2015, [En ligne : https://journals.openedition.org/sociologie/2572].

ROUMETTE Julien, Picaros et paumés : voyous, prostituées, maquereaux, vagabonds dans l’œuvre de Gary, Paris, Lettres modernes Minard, 2014.

ZARAGOZA Georges, DARRAS Gilles, MARCANDIER Christine, Héroïsme et marginalité : le crépuscule du héros, Nantes, Éd. du temps, 2002.